Biologie  |  Environnement

 

Maxime Chanez, 2008 | Blonay, VD

 

Ce travail étudie une population de cerfs élaphe récemment établie et encore peu documentée dans les Préalpes vaudoise. Cette étude permet de décrire les zones utilisées par les individus de cette population et d’évaluer l’influence possible de la perturbation humaine sur leur présence. L’étude s’articule autours d’une problématique principales, structurée en trois sous-questions : (1) identifier les zones fréquentées et leur intensité d’occupation, (2) estimer l’impact de l’activité humaine, et (3) ouvrir la réflexion sur l’évolution future de la population. Les données reposent sur des relevés d’indices de présence sur le terrain et ont été confrontées statistiquement à un indice de stress anthropique, développé dans le cadre de ce projet. Les résultats mettent en évidence une occupation hétérogène, concentrée dans certains habitats forestiers et semi-ouverts, et une relation densité-stress globalement négative mais modérée, suggérant une cohabitation possible avec une activité humaine modérée, tout en soulignant des secteurs « refuges » à préserver.

Problématique

Dans la région étudiée (canton de Vaud), dans quelle mesure le niveau de perturbation anthropique notamment lié au tourisme de moyenne montagne influence-t-il la présence actuelle du cerf élaphe (Cervus elaphus) et son évolution future ?

Méthodologie

• Échantillonnage : mise en place d’un quadrillage de 250 m x 250 m. Chaque maille est parcourue sur ses deux diagonales afin d’augmenter la probabilité de détection des indices, complétée par le suivi de coulées lorsque celles-ci sont rencontrées.
• Indices de présence : relevé du nombre et du type d’indices (traces, coulées, souilles, frayures, fumées) pour estimer l’utilisation de l’espace.
• Score de densité d’occupation (système de pondération) : attribution de points par type d’indice, puis classement par plages pour cartographier l’intensité de fréquentation.
• Indice de stress anthropique : barème par maille en fonction d’éléments humains (bâtiments, routes, sentiers, infrastructures touristiques, etc.), avec intégration de points négatifs pour caractériser des zones refuges, puis classes d’interprétation).
• Analyses statistiques : Corrélation de Spearman et régression linéaire pour évaluer la relation entre l’indice d’activité et l’indice de dérangement anthropique.

Résultats

L’occupation du territoire ne forme pas un pavage continu, les zones utilisées se concentrent surtout dans des habitats forestiers et semi-ouverts du centre-est et vers le sud de la zone d’étude. A l’inverse, les périphéries nord et nord-ouest, proches des routes et des habitations, apparaissent moins occupées. L’impact du tourisme ressort comme réel mais nuancé : des indices existent à proximité d’itinéraires, suggérant une cohabitation possible lorsque le dérangement reste modéré et canalisé, mais les secteurs de stress élevé sont globalement moins utilisés. La relation densité–stress est négative mais modérée.

Discussion

Les résultats suggèrent une diminution de l’occupation lorsque le stress anthropique augmente, tout en montrant que l’évitement n’est pas systématique. Une cohabitation semble possible si l’activité humaine reste modérée et concentrée sur certains axes, permettant aux cerfs d’adapter leur comportement (décalage, contournement, utilisation de portions plus calmes). Les zones refuges ressortent comme prioritaires à préserver, car elles combinent tranquillité et ressources. Enfin, la corrélation observée étant modérée, l’effet apparaît variable selon les secteurs, ce qui invite à interpréter les résultats avec prudence et à discuter les facteurs locaux (structure de l’habitat, connectivité, fréquentation réelle).

Conclusions

Ce travail met en évidence une occupation spatiale structurée en “noyaux” et une relation densité–stress globalement négative à l’échelle de la maille, compatible avec l’idée qu’une jeune population en expansion peut tolérer une activité humaine modérée, sans que son évolution à long terme soit encore prédictible. La question de l’évolution future est volontairement laissée ouverte afin d’alimenter la discussion sur les mesures de gestion (encadrement de la fréquentation, protection des refuges) et sur les moyens de suivi à mettre en place dans les années à venir.

 

 

Appréciation de l’expert

Vincent Grognuz

Maxime a analysé la distribution des indices de présence du cerf élaphe, ainsi que l’influence de l’activité humaine sur leur répartition. Ce travail a nécessité de longues heures sur le terrain, dans des conditions exigeantes, ainsi qu’une réflexion approfondie sur les méthodes de recensement et de caractérisation de l’activité humaine. Il se distingue par sa rigueur méthodologique, son autonomie et la pertinence de son analyse. Les résultats obtenus présentent un intérêt pour la gestion de l’espèce.

Mention:

Argent

Prix spécial de l’Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage

 

 

 

Gymnase de Burier , LaTour-de-Peilz
Enseignant: Yvan Schaerer