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Oscar Pasche, 2006 | Choëx, VS

 

Ce travail examine, à travers un scénario spéculatif, la pertinence de l’adoption de l’espéranto comme langue auxiliaire internationale. Il interroge sa compatibilité avec deux valeurs fondamentales : l’universalité et l’égalité. D’une part, l’analyse des caractéristiques linguistiques de l’espéranto permet d’évaluer son degré d’universalité intrinsèque. D’autre part, le scénario de son adoption est confronté à un idéal d’égalité, défini comme l’absence de discrimination dans l’accès linguistique aux échanges internationaux.

Problématique

L’objectif de ce travail est d’évaluer le degré de compatibilité de l’adoption de l’espéranto avec des valeurs d’universalité et d’égalité.

Méthodologie

Ma méthodologie croise plusieurs approches. Après avoir défini théoriquement les notions d’universalité et d’égalité linguistiques, montrant leur dépendance directe à la difficulté d’apprentissage, j’ai analysé si l’espéranto pouvait être considéré comme aisé à apprendre à l’échelle mondiale. Cette étude s’est articulée en deux temps : une description détaillée de la structuration linguistique (grammaire, lexique, phonologie) suivie d’une enquête qualitative menée auprès de locuteurs européens et asiatiques, qui a permis de pallier le manque de données sociologiques existantes. Cette double approche a permis d’estimer le potentiel égalitaire de cette langue, en discutant des enjeux économiques, politiques et socio-culturels soulevés par ce scénario hypothétique.

Résultats

Mon étude conclut qu’une langue universelle doit impérativement être schématique, c’est-à-dire exempte d’exceptions, favorisant ainsi le principe psychologique d’assimilation généralisatrice et un gain de temps d’apprentissage. L’espéranto remplit ce critère, puisqu’il ne comporte qu’une seule exception dans l’entier de la langue. Sa nature phonétique, où chaque phonème correspond rigoureusement à un graphème unique, accélère également la maîtrise de l’oral et de l’écrit. De plus, son absence d’appartenance à une nation ou une ethnie spécifique renforce son universalité potentielle, bien que ce critère ne soit que partiellement rempli : l’espéranto reste ancré dans la sphère linguistique indo-européenne. Sa structure agglutinante permet la création de mots à partir d’unités de sens réduites, facilitant l’expansion du vocabulaire. Néanmoins, sa phonotaxe, n’étant pas rigoureusement une alternance consonne-voyelle, peut rendre la prononciation difficile pour certains, jouant ainsi en défaveur de son universalité. Dans le domaine scientifique, où plus de 90 % des publications sont en anglais, l’usage d’une langue construite offrirait un avantage majeur : sa facilité planifiée permettrait à tout chercheur de publier sans le désavantage lié à sa non-nativité, atténuant l’inégalité dans la compétitivité actuelle. Toutefois, des freins politiques et culturels subsistent. Les présupposés idéologiques de l’espéranto, promouvant un libéralisme propre à la société occidentale, pourrait limiter son adoption mondiale. Surtout, son lexique majoritairement indo-européen crée une inégalité de temps d’apprentissage entre locuteurs de cette famille linguistique et les autres, compromettant l’égalité d’accès à l’échelle globale.

Discussion

Il est nécessaire de reconnaître les biais inhérents à cette étude. Trois années d’engagement au sein de la communauté espérantiste, en Suisse et à l’international, ont probablement influencé mon hypothèse initiale favorable. La rareté des études académiques sur le sujet a restreint la confrontation de mes arguments à des contradictions robustes. De plus, l’enquête qualitative menée, de par sa construction et son panel de répondants, ne répond pas aux exigences d’une rigueur académique stricte, ce qui a pu biaiser mles conclusions. Malgré cela, ma pratique approfondie de la langue a permis une analyse détaillée et pertinente, illustrée par de nombreux exemples.

Conclusions

Malgré les biais qui m’ont influencé tout le long du travail, j’ai pu remettre en question de nombreuses idées préconçues que j’avais sur l’espéranto, notamment en ce qui concerne ma croyance en une universalité et une égalité linguistiques absolues de l’espéranto à l’échelle mondiale. Toutefois, ayant constaté que le lexique était adapté à un apprentissage aisé pour les locuteurs des langues indo-européennes, il me semblerait pertinent de réévaluer mes hypothèses en focalisant mes analyses sur un scénario d’adoption de cette langue auxiliaire à l’échelle européenne, plutôt que mondiale.

 

 

Appréciation de l’expert

Vincent Annen

L’auteur du travail intitulé «L’espéranto : la quête de l’universalité et de l’égalité» se distingue par sa grande connaissance de son objet d’étude, l’espéranto, et par le regard multiple qu’il pose sur lui. En abordant à la fois les enjeux linguistiques, économiques, politiques et socioculturels qui entourent ce projet de langue auxiliaire, Oscar Pasche parvient à allier des analyses micro rigoureuses et précises à une compréhension d’ensemble de l’espéranto.

Mention:

Bronze

 

 

 

Lycée-Collège de l’Abbaye, St-Maurice
Enseignant: Mathieu Roduit