Histoire | Géographie | Économie | Société
Alexandre Desaintjean, 2007 | Estavayer-le-Gibloux, FR
Ce travail analyse la représentation des femmes chez trois peintres impressionnistes : Paul Cezanne, Pierre-Auguste Renoir et Berthe Morisot. Avec l’apport d’une étude du contexte historique sociétal et artistique du 19ème siècle et à partir d’une comparaison d’œuvres, il examine comment chacun construit une image différente du sujet féminin. Cette analyse met en évidence la nécessité de questionner le passé et souligne l’actualité des enjeux de genre dans l’art, notamment en lien avec les gender studies.
Problématique
L’objectif du travail est d’analyser, comparer et questionner la représentation picturale des femmes dans les travaux de trois artistes impressionnistes français : Paul Cezanne, Pierre-Auguste Renoir et Berthe Morisot. Pour cela, il est nécessaire de considérer le contexte historique dans lequel ont évolué les sujets, afin de mieux interpréter l’analyse de leurs travaux tout en les interrogeant avec notre regard actuel.
Méthodologie
Le point de départ du travail est l’exposition «Cézanne-Renoir : regards croisés» ayant eu lieu à la Fondation Gianadda à Martigny. Sa visite a été une entrée en matière dans les œuvres des deux artistes comme dans leur contexte de production. Deux entretiens ont été menés, l’un avec Mme Antoinette de Wolff, guide de l’exposition à Martigny, l’autre avec Mme Sarah Glaisen, professeure d’arts visuels et d’histoire de l’art au Collège St-Michel à Fribourg. Un formulaire de questions a également été rempli par Mme Kalinka Janowski, doctorante en histoire de l’art à l’Université de Fribourg. Pour établir des statistiques concernant le rapport homme-femme d’artistes impressionnistes et leur répartition dans le monde, un tableau non-exhaustif de données a été établi. Une grande partie de la dimension analytique est fondée d’abord sur des catalogues raisonnés. Ceux-ci ont permis de sélectionner des œuvres pertinentes et de faire des liens entre elles grâce à des critères de comparaison établis. En outre, de nombreux supports ont été utilisés comme littérature secondaire : articles, revues, documentaires, podcasts.
Résultats
Chez Cezanne, la femme est à la fois une victime violentée et un objet de fascination brutale et de désir. Il traite le corps avec un intérêt tout particulier, anatomique et axé sur le mouvement, dans une volonté non pas d’embellir, mais de représenter une réalité presque laide. Renoir ne met en scène des femmes, mais la Femme, un symbole qu’il définit au cours de sa pratique. Il peint une féminité traditionnelle, hyperbolique, gaie, romantisée et idéalisée. Au contraire, dans un contexte où peu de femmes étaient autorisées à avoir une pratique artistique active et professionnelle, Berthe Morisot s’est imposée dans l’art, menant une vie hors des normes sociétales féminines. Sa manière de représenter les femmes reflète son indépendance. Celles-ci sont actives, réelles, représentées dans leur intimité, ancrées dans une réalité personnelle qui reflète leur quotidien sans artifice.
Discussion
Les résultats obtenus soutiennent l’hypothèse de départ selon laquelle la vision d’une femme sur les femmes différerait de celles des hommes. Cependant, l’analyse révèle une grande diversité de manière de représenter les femmes entre les trois sujets, et pas seulement liée au genre de ces derniers. La recherche pourrait être améliorée grâce à des apports plus spécialisés sur la vie de chaque artiste, afin de mettre en lien l’analyse de leurs œuvres avec leur propres opinions, leur éducation et leur culture, car ces facteurs ont nécessairement eu un impact sur leur travail. Par ailleurs, l’accès à des catalogues raisonnés regroupant davantage d’œuvres aurait permis un enrichissement de la perspective. Finalement, appréhender la manière qu’ont les sujets de traiter de la figure masculine, notamment pour Berthe Morisot avec son mari Eugène Manet, serait également une perspective envisageable.
Conclusions
L’analyse des résultats oscille pour les peintres masculins entre violence, désir, passivité, stéréotypes et idéalisation. Pour Berthe Morisot, l’étude fait émerger une vision qui observe ce qui compose la vie des femmes, une approche paraissant moins biaisée par les clichés et normes sociales et qui montre une intériorité et une profondeur générale plus grandes. Cette multiplicité de regards illustre, conformément aux principes des gender studies, que le genre ne se base pas sur la biologie mais sur les constructions sociales. Ces dernières influencent la perception des artistes et structurent la représentation féminine qu’ils esquissent, reflétant notamment l’objectivisation et la sexualisation de la femme.
Appréciation de l’expert
Noé Maggetti
Porté par une argumentation efficace, le travail propose une approche comparative convaincante des représentations des femmes dans l’œuvre de trois artistes impressionnistes, en s’appuyant sur une grande diversité de sources et de littérature secondaire. Il parvient à articuler une synthèse du contexte historique et artistique de la période étudiée et un commentaire précis de plusieurs tableaux, sans négliger la biographie des peintres à l’origine de son corpus.
Mention:
Argent
Collège St-Michel, Fribourg
Enseignante: Regula Botta
