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Amélie Chassot, 2007 | Vuisternens-dt-Romont, FR

 

Le travail étudie l’impact d’un acte de thérapie génique germinale, thérapie qui consiste à soigner des maladies génétiques en modifiant des gènes sur les cellules germinales, sur la nature humaine et met en lumière les différents débats éthiques qui entrent en jeu.

Problématique

La thérapie génique est un acte médical qui consiste à soigner des mutations génétiques en traitant directement le gène concerné. La thérapie génique germinale quant à elle traite les gènes au niveau de l’embryon. La modification génétique aura alors une portée plus large puisqu’elle affectera l’entièreté de la lignée germinale. Cette technique engendre une série de questions éthiques centrales et notamment celle sur la nature humaine. Le travail tente de répondre à la problématique suivante: faut-il reconsidérer la nature humaine à la suite de la mise au point de techniques telle que la thérapie génique germinale ?

Méthodologie

Pour répondre à cette problématique, le travail s’appuie sur différentes visions de la nature humaine et les confronte à la thérapie génique germinale. Pour ce faire, les points de vue de Kant, Aristote, Descartes et la vision transhumaniste sont utilisés. Une fois les définitions de la nature humaine posées, le travail étudie le statut de l’embryon selon ces différents philosophes.

Résultats

La vision de Kant, pour qui l’homme est un être autonome, nous confère de respect envers ce trait distinctif de l’homme. Chaque personne doit être traitée comme une fin en soi et jamais comme un moyen. Or, lors d’un acte de thérapie génique germinale l’embryon est instrumentalisé et son autonomie future est entravé. La thérapie dénaturaliserait alors, dans ce cas, l’embryon. Du côté d’Aristote, l’homme est un être ayant une fin. La santé se présente alors comme l’état où l’organisme atteint pleinement sa finalité. La thérapie génique germinale peut alors être légitime si celle-ci permet de rétablir cet ordre. En revanche, si elle va au-delà de cette finalité, l’embryon serait alors dénaturalisé. Descartes, pour qui l’âme et le corps sont deux choses distinctes bien que conjointement liées, voit la médecine comme un moyen légitime afin de soigner la mécanique du corps. L’âme représente l’essence même de l’homme et se loge dans le corps. Ainsi, la thérapie génique germinale permettrait de soigner cette mécanique sans pour autant impacter sa nature. Enfin, le courant transhumaniste cherche à améliorer constamment l’homme et définit sa nature comme quelque chose qui peut évoluer au fil du temps. La thérapie génique germinale serait donc quelque chose de souhaitable.

Discussion

La thérapie génique germinale dénaturaliserait l’être humain. Cependant, on entre tout de même dans un conflit qui oppose le respect de l’autonomie au devoir de bienfaisance qui se doit de «faire aux autres son propre bien». La vision aristotélicienne suggère de ne pas dépasser la limite qui irait au-delà de l’orde naturel. Or, cette limite est difficile à situer et va engendrer de nombreuses discussions. En effet, certaines applications de la thérapie génique germinale pourrait être à la fois classée de guérison et d’amélioration. Il est donc difficile de donner une réponse précise quant à l’impact de la thérapie génique germinale sur l’essence de l’homme. Bien que Descartes et la vision transhumaniste soient vraisemblablement favorable à la thérapie génique germinale, il reste des questions éthique centrales à considérer. Tout d’abord, la thérapie génique germinale pourrait favoriser une attitude négative envers les personnes en situation d’handicap à cause de la raréfaction des maladies géniques. Enfin, la thérapie génique germinale pourrait rapidement mener à l’eugénisme puisqu’en modifiant le génome pour supprimer des maladies génétiques rares, on décide de quelles vies méritent d’être vécues.

Conclusions

La mise au point de cette nouvelle technique constitue une étendue d’applications impressionnante qui permettrait d’éviter de nombreux défauts génétiques. Cependant, dû à sa large portée d’application, la thérapie génique germinale peut être une source d’inquiétude et nécessite donc des règles clairement définies et des normes éthiques discutées au préalable. La nature humaine n’étant pas un concept homogène, les conclusions diffèrent selon la philosophie abordée. D’autre part il serait légitime de se poser la question de l’équité. Si une telle thérapie venait à être appliquée, serait-elle réellement éthique d’un point de vue social, sachant qu’elle serait très coûteuse et donc difficilement accessible ?

 

 

Appréciation de l’expert

Samet Sulejmanoski

Le présent travail offre une exposé compréhensif des thérapies géniques en se focalisant plus particulièrement sur la thérapie génique germinale et ses enjeux dans les débats éthiques. Plus précisément, il cible proprement le noeud central en proposant un questionnement intéressant concernant l’impact de cette thérapie sur les questions portant la nature humaine, l’autonomie en appliquant ses raisonnements à la question, notamment, de l’embryon.

Mention:

Argent

 

 

 

Collège St-Michel, Fribourg
Enseignant: Dr. Stève Bobillier