Biologie  |  Environnement

 

Luca Messerli, 2007 | Thônex, GE

 

Dans un monde de plus en plus incertain, où l’humain continue de se croire au plus haut échelon de l’échelle du vivant, il devient primordial de rappeler que les autres espèces vivantes ont, tout comme nous, évolué sur des millions d’années, conduisant à des adaptations souvent tout aussi étonnantes que méconnues.
Ce travail s’intéresse à des espèces dotées d’une intelligence remarquable et que l’on côtoie sans même leur octroyer la moindre attention : les corvidés, une famille de passereaux regroupant notamment la corneille, le geai des chênes et la pie bavarde. Il a pour but de comprendre ce qui, au cours de l’évolution, a contribué à développer leur intelligence. Après avoir émis des hypothèses en me basant sur les caractéristiques de cette famille d’oiseaux, j’ai effectué une recherche bibliographique approfondie et j’ai réalisé deux entretiens, ce qui m’a permis de valider deux de mes quatre hypothèses initiales. Pour apporter des éléments de réponse aux deux hypothèses insuffisantes, j’ai imaginé et fabriqué un test cognitif, ce qui m’a permis de confirmer expérimentalement l’une des hypothèses, tandis que la seconde demeure sans réponse.

Problématique

Les corvidés sont reconnus comme étant des espèces dotées d’une intelligence épatante. Capables de mémoriser le lieu de cache de milliers de graines, de se reconnaître dans un miroir ou encore de fabriquer des outils à l’état sauvage, ces oiseaux font indéniablement preuve de compétences cognitives diverses et impressionnantes, qui semblent les distinguer des autres espèces d’oiseaux. Ainsi, ce travail cherche à comprendre ce qui les a rendus si intelligents au cours de l’évolution, en essayant de répondre à la question suivante : Quels sont les facteurs évolutifs ayant permis l’émergence de facultés cognitives complexes chez les corvidés ?

Méthodologie

Pour répondre à cette question, la première étape consistait en l’élaboration d’hypothèses pouvant expliquer cette intelligence. J’en ai formulé quatre en me basant sur les caractéristiques propres à la famille des corvidés : l’anatomo-physiologie du cerveau, les interactions sociales, la curiosité et la proximité avec l’humain. J’ai alors effectué une recherche bibliographique approfondie pour répondre à ces hypothèses. J’ai également effectué deux entretiens très complémentaires, l’un avec une éthologue spécialiste des corvidés et le second avec une bénévole dans un centre de soin ornithologique. Suite au manque d’information dans la littérature concernant l’hypothèse sur la curiosité et celle sur la proximité avec l’humain, j’ai imaginé et conçu un test cognitif, afin de déterminer s’il existe un lien de corrélation entre la proximité avec l’humain d’une espèce et son intelligence, ainsi que pour voir si les corvidés présentent une curiosité plus importante que d’autres espèces d’oiseaux.

Résultats

Les hypothèses sur l’anatomo-physiologie du cerveau et sur les interactions sociales ont été largement validées par la littérature scientifique et les entretiens réalisés. En ce qui concerne mon hypothèse sur la curiosité, les réponses sont plus contrastées. Enfin, l’hypothèse sur la proximité avec l’humain n’a pas pu être validée ou invalidée, car les éléments dans la littérature scientifique sont trop contradictoires et mon test cognitif n’a pas fonctionné avec suffisamment d’espèces.

Discussion

Grâce à mon test cognitif, j’ai pu observer que les corvidés sont effectivement plus curieux que bon nombre d’autres espèces d’oiseaux. Cependant, le rôle de la curiosité dans le développement de facultés cognitives est à nuancer : il est en effet difficile de déterminer si la curiosité est une cause de l’intelligence, favorisant ainsi l’acquisition de connaissances, ou une conséquence de l’intelligence, devenant alors le reflet de leurs capacités cognitives. La littérature scientifique et les entretiens réalisés sont source d’arguments en faveur des deux éléments.

Conclusions

L’anatomo-physiologie du cerveau ainsi que les interactions sociales semblent par conséquent avoir contribué au développement de l’intelligence des corvidés. La curiosité semble également avoir un lien avec l’intelligence des corvidés, mais il est difficile de déterminer s’il s’agit plutôt d’une cause ou d’une conséquence. Enfin, la question quant au rôle de la proximité avec l’humain demeure. Dès lors, il serait souhaitable de réaliser des expériences en captivité sur des durées plus longues, comprenant un temps d’habituation, afin que les oiseaux osent s’approcher du test.

 

 

Appréciation de l’experte

Prof. Erica Van De Waal

Ce projet sur l’intelligence des corvidés suit une vraie démarche scientifique: hypothèses, références scientifiques, deux entretiens d’experts, et une expérience cognitive. Cette expérience ingénieuse a été inventée par le candidat qui l’a testé sur différentes espèces d’oiseaux en milieu sauvage et en captivité. C’est un vrai travail d’éthologue qui a été réalisé par le candidat. Ce travail de maturité est claire et la discussion est très approfondie sur les limitations de l’expérience réalisée. Je félicite le candidat pour la quantité de travail fourni et sa qualité !

Mention:

Bronze

 

 

 

Collège de Candolle, Chêne-Bourg
Enseignante: Pascale Michallet-Ferrier